Accouchements traumatiques, violences obstétricales. Comment guérir ?

 

Récemment, Le Figaro a mis en ligne une enquête très riche portant sur les violences obstétricales : humiliations, gestes brutaux, actes médicaux imposés etc, sont une réalité dans de nombreuses  maternités, hôpitaux et cliniques. De très nombreuses femmes en ont fait les frais lors de leur accouchement. Le problème : outre le choc du moment, ces violences subies sont traumatisantes et peuvent avoir un impact très fort sur la suite de l’accouchement. C’est à dire sur le post-partum (dépression post-partum voire Syndrome de Stress Post-Traumatique), sur le lien et l’attachement mère-bébé, sur le sommeil de l’un comme de l’autre, sur les relations au sein de la famille, sur le projet d’un autre enfant, d’un autre accouchement, sur le rapport au corps médical ou à la gynécologie, sur la sexualité etc…

Vous qui lisez ces lignes, peut-être n’avez-vous pas encore digéré le traumatisme de votre accouchement. Même sans parler de violences obstétricales, l’accouchement en soi peut être un événement traumatique. Accepter de laisser notre bébé sortir, accepter de devenir mère, accepter de changer de génération, de nombreux enjeux sont présents au moment de la naissance d’un bébé et peuvent rendre cette naissance éprouvante, physiquement comme psychiquement.

Comment se reconstruire après un tel bouleversement ? Comment se reconstruire après un traumatisme ? Comment pouvoir envisager une nouvelle grossesse après avoir vécu une épisiotomie, une déchirure, une césarienne ? Comment récupérer de l’estime de soi quand on a l’impression de n’avoir pas vécu son accouchement ? Comment reprendre une vie sexuelle quand on s’est sentie dépossédée de son corps ?

L’EMDR est une thérapie extrêmement efficace sur les dépression post-partum, les accouchements traumatiques ou vécus dans la violence, les syndrome de Stress Post-Traumatique après une naissance, les séquelles psychologiques après une épisiotomie ou une césarienne. J’accompagne de nombreuses jeunes maman qui en quelques séances peuvent recommencer à habiter leur corps, à être présentes au monde, à reconstruire du lien avec leur bébé, à rire, à vivre, à retrouver une sexualité épanouie. Leur mamans libérées, le bébés peuvent enfin se détendre et se mettre à dormir, à manger, ou à s’ouvrir au monde…

Je vous en prie, ne souffrez pas inutilement pendant des années. Cela nuirait à votre équilibre et à celui de votre famille. Entreprenez rapidement une démarche en psychothérapie EMDR pour pouvoir mettre ces traumatismes derrière vous, et continuer votre vie, libérée du poids du passé.

La liste des praticiens EMDR accrédités se trouve sur ce site :

http://www.emdr-france.org/web/annuaire-general/

Ci-dessous, vous trouverez l’enquête très riche et juste du Figaro :

(Le lien vers l’articles original avec photos, vidéos et audio ici :http://grand-angle.lefigaro.fr/quand-laccouchement-se-vit-dans-la-violence )


 

Humiliations, gestes brutaux et actes médicaux imposés: de plus en plus de femmes prennent la parole pour dénoncer les «violences» vécues pendant leur accouchement. Si leurs témoignages sont terrifiants, ce phénomène reste difficile à quantifier.

«La pire douleur de toute ma vie», c’est ainsi que Nina, une jeune femme de 30 ans résidant à Bayonne, se souvient du jour où elle a donné naissance à son petit garçon. Un soir de mars 2016, alors que son termeest dépassé de quelques jours, le gynécologue-obstétricien de garde décide de provoquer l’accouchement.

Le lendemain matin, le médecin constate que le travail n’a toujours pas commencé. «Il s’est approché de moi et, sans me prévenir, il a introduit ses doigts dans mon vagin», raconte Nina, qui lui demande avec insistance d’arrêter tant la douleur est forte. «J’ai réussi à ouvrir votre col !», s’écrie-t-il. Les contractions commencent, Nina manque de tourner de l’œil. On lui pose l’anesthésie périduraleet, vers 21 heures, la future maman s’installe sur la table d’accouchement. En 24 heures, on ne lui a proposé ni eau, ni nourriture. Une interdiction qui n’a plus cours dans certaines maternités aujourd’hui.

«J’ai senti ma chair être coupée»

«Je ne sens plus les contractions, je ne sais pas quand il faut pousser !», dit-elle à la sage-femme. Voyant que le bébé ne sort pas, une personne se met à lui appuyer sur le ventre, poussant la tête du bébé vers le bas. La douleur irradie la jeune femme. Le médecin dit : «Bon, ça ne sort pas, on prend la ventouse». Il tire plusieurs fois, sans succès. Il s’empare alors des forcepset prévient : «Je coupe!». Nina plaque ses mains sur son vagin en criant «Non ! Non !». La sage-femme lui attrape les mains tandis que le médecin réalise l’épisiotomie, un acte chirurgical qui consiste à sectionner partiellement le périnée des femmes au moment de l’expulsion. «L’anesthésie par péridurale ne devait probablement pas faire effet à cet endroit-là car j’ai senti ma chair être coupée», se rappelle la jeune femme. Crucifiée par la douleur, elle hurle tout en poussant.

Le bébé finit par sortir, il est rapidement emmené par une sage-femme. Nina se retrouve seule avec le gynécologue, qui, derrière le drap tendu, se met à tirer sur le cordon du placenta. «Je sentais que je perdais beaucoup de sang», raconte Nina. «Je lui ai dit que j’avais l’impression de me vider». D’un ton sec, le médecin lui répond qu’il ne peut pas faire deux choses à la fois. Il se met alors à appeler les sages-femmes et l’anesthésiste en criant.

«Mauvaise mère»

L’anesthésiste n’arrivera jamais. «Tant pis, on n’a pas le temps», peste le spécialiste. Nina est en train de faire une hémorragie de la délivrance, il doit faire une révision utérine. «Ils m’ont posé une perfusion pour me shooter et le gynécologue a introduit sa main dans mon utérus pour aller chercher les bouts de placenta. Je sentais tout, c’était affreux, horrible», dit-elle, pleine de larmes.

Le lendemain, une autre équipe l’aide à se lever. C’est à ce moment-là qu’elle découvre que son vagin est déformé par un «énorme œdème» (gonflement) dû à l’épisiotomie. Elle ne peut plus ni s’asseoir, ni marcher. Pendant plusieurs jours, elle n’a pas la force de s’occuper de son enfant. «Un pédiatre est venu dans ma chambre et c’est comme s’il me reprochait d’être une mauvaise mère», se rappelle Nina.

Même si plus d’un an s’est écoulé depuis son accouchement, Nina n’a toujours pas “digéré” la manière dont elle a été prise en charge : «On ne m’a jamais expliqué pourquoi les choses se sont passées comme cela. La clinique ne m’a proposé aucun suivi psychologique ou médical.»

Briser le tabou

Déclenchements «abusifs», épisiotomies«imposées», propos culpabilisants, défaut de prise en charge de la douleur, absence d’information et de consentement… Comme Nina, de plus en plus de femmes brisent le silence et racontent les coulisses de leur accouchement. Beaucoup évoquent un événement «traumatisant», une «humiliation», le sentiment d’avoir été «dépossédées de leur corps». Leurs mots sont durs mais elles en sont convaincues: leur accouchement aurait dû se passer autrement.

Un terme a été inventé pour désigner ce que les femmes considèrent être des maltraitances : «violences obstétricales». D’abord défendu par des féministes (voir l’encadré ci-contre), il est désormais repris par le Collège national des sages-femmes ou par des revues professionnelles comme le magazine «Profession sage-femme». On le retrouve aussi dans des témoignages sur internet ou dans des médias généralistes qui se sont récemment emparés de la question. En revanche, ce terme n’a jamais été mentionné ni par les autorités sanitaires, ni pas le corps médical, en-dehors des sages-femmes. Certains professionnels de santé préfèrent parler d’événements exceptionnels et localisés.

«Violences obstétricales» : un terme venu d’Amérique latine

Le terme est apparu au début des années 2000 en Amérique latine lorsque des ONG, des organisations internationales et des groupes féministes ont commencé à militer en faveur d’un meilleur accès des femmes aux soins. Puis «son usage s’est répandu dans le monde anglo-saxon et plus récemment dans le reste de l’Europe à partir des années 2010», explique Nastassia Audibert, auteure du mémoire de sociologie Violence obstétricale : Émergence d’un problème public en France, publié en mai 2016.

Entre temps, plusieurs pays d’Amérique Latine ont légiféré sur «les violences obstétricales». En 2007, le Venezuela a inscrit le terme dans une loi organique sur «le droit des femmes à une vie sans violence». Quatre états mexicains lui ont emboîté le pas. En 2009, c’est au tour de l’Argentine, qui décrit «la violence obstétricale» comme «un traitement déshumanisant, un abus de médicalisation et une pathologisation des processus naturels».

Combien de femmes, parmi les quelque 700.000 qui donnent la vie chaque année en France, sont concernées ? Impossible de le savoir précisément. Le Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane), qui propose depuis trois ans un questionnaire en ligne sur les conditions d’accouchement, a réuni environ 600 témoignages mentionnant des faits de violences médicales sur les 25.000 réponses reçues. «Cela va de la parole blessante au geste imposé en passant par un manque de prise en charge de la douleur», énumère la présidente du Ciane, Chantal Ducroux-Schouwey.

Autre indicateur de ce phénomène, le groupe Facebook «Stop à l’impunité des violences obstétricales», lancé début 2015. À ce jour, près de 2000 femmes, soignants et militants, y partagent quotidiennement leurs vécus et des conseils. «les femmes qui en parlent sur les réseaux sociaux ont un certain niveau d’éducation, savent s’exprimer et n’ont pas peur de le faire», souligne Martin Winckler, médecin généraliste jusqu’en 2012, désormais écrivain* et auteur d’un réquisitoire sévère contre la maltraitance médicale en France. «Elles ne représentent sans doute qu’une partie émergée de l’iceberg».

Des gestes non-consentis

Mais de quoi s’agit-il exactement ? En clair, «on impose des gestes médicaux à des femmes sans leur consentement et parfois contre leur volonté», reprend Martin Winckler. «C’est aussi ne pas entendre leurs désirs et nier ce qu’elles veulent». Des agissements en désaccord avec le code de déontologie médicale français, qui stipule que le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. «Pour tout examen, le médecin doit demander à la patiente son autorisation», rappelle l’écrivain. La loi Kouchner de 2002, relative aux droits des malades, ne dit pas autre chose :

«Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment».

Encore plus offensive, Marie-Hélène Lahaye, juriste et bloggeuse féministe, estime que «les actes» et les «comportements non justifiés médicalement» font aussi partie de ces «violences». Selon elle, certains de ces gestes sont en décalage avec les recommandations officielles ou les données issues de la science.

Des protocoles destinés à prévenir tout risque lors d’un accouchement compliqué seraient ainsi appliqués sans distinction aux accouchements normaux. C’est ce qu’explique Chantal Ducroux-Schouwey, la présidente du Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane), qui «vise à faire évoluer les attitudes et les pratiques entourant la maternité».

Trois ans de polémiques sur les «violences gynécologiques»

Mars 2014 : Agnès Ledig, sage-femme et romancière, dénonce le «point du mari», pratique obstétricale qui consiste, après une épisiotomie, à recoudre de manière plus serrée le périnée de la femme pour soi-disant conserver, voire améliorer le plaisir de l’homme lors des rapports sexuels. Largement relayée par les médias, la pratique fait scandale.

Novembre 2014 : une étudiante en pharmacie lance le hashtag #PayeTonUterus sur Twitter pour dénoncer les pratiques de certains gynécologues. En quelques jours, des milliers de messages reprenant ce hashtag affluent.

Février 2015 : La polémique sur les touchers vaginaux effectués par des étudiants sur des patientes endormies éclate. Création du Trumblr « Je n’ai pas consenti », en réponse. Ces révélations choquent une partie de l’opinion publique et amènent la ministre de la Santé Marisol Touraine à «condamner avec une extrême fermeté ces pratiques illégales et inacceptables».

«A l’hôpital, une femme qui a une grossesse tranquille et qui se prépare à un accouchement physiologique peut se voir appliquer des protocoles de prévention. Ceux-ci peuvent être ressentis comme violents en raison de leur caractère inattendu et systématique, mais aussi à cause de l’absence d’information qui les accompagne.»

Les «violences obstétricales» ne renvoient pas à «des situations où les professionnels agiraient sciemment dans le but de faire mal», note encore le Ciane, qui représente des parents et usagers concernés par la grossesse. «On ne parle pas non plus des affaires spectaculaires qui sont le fruit de déviances individuelles». Ce sont des «violences» qui se produisent dans «des situations banales», et «pas forcément dans un contexte d’urgence vitale».

Pour résumer, le terme de «violences obstétricales» recouvre une grande diversité de définitions. Et pour cause : des actes ou des attitudes paraissant normaux à certaines peuvent être vécus comme des violences par d’autres.

En plus de Nina, cinq femmes ont accepté de nous raconter leur accouchement. Voici leurs récits.

Des gestes non-consentis, incompris et «brutaux»

 Césarienne «à vif»

Après une grossesse «parfaite», Laure ne s’attendait pas à ce que son accouchement vire au cauchemar. «On m’a fait une césarienne à vif», résume cette graphiste de 32 ans, qui vit en région parisienne. Laure est arrivée à la maternité un matin de février 2015. Premier problème : «Votre bébé nous embête car les battements de son cœur ralentissent à chaque contraction», lui explique un membre de l’équipe médicale. On lui pose une péridurale, on lui perce la poche des eaux. La situation ne s’améliore pas, selon les médecins. «On me dit que ma fille ne supportera pas l’accouchement par voie basse donc la décision est prise de me faire une césarienne en urgence», raconte Laure.

Direction le bloc. «Là, un drap stérile est tendu et on m’attache les mains en mode crucifix», décrit la jeune femme. «Sur le moment, je ne réalise pas trop. Puis on commence à m’ouvrir et je sens le scalpel glisser sur mon ventre d’un point A vers un point B. Au début, ça fait comme une coupure, jusqu’à ce qu’ils m’ouvrent vraiment. Et là c’est horrible, je sens comme des coups de poing à l’intérieur, j’avais l’impression qu’ils étaient en train de sortir mes entrailles. Je me débats, je leur dis que j’ai mal. Je ne sais plus si je pleure ou si je crie mais ils ne veulent rien entendre. Ils me répondent: ‘Mais non, vous n’avez pas mal, c’est une sensation, pas une douleur’».

Nous avons rencontré Laure au début du mois de mars.

«On ne m’a jamais proposé de psy»

«Une fois le bébé sorti, je me suis dit: ‘ma fille est sauvée. Maintenant, c’est à mon tour de sauver ma peau et j’ai eu le réflexe de vouloir me détacher’». Transpercée par la douleur, Laure parvient à extraire sa main de la sangle qui la retenait et passe la main droite de l’autre côté du rideau. Paniqué, le médecin lui pose un masque d’anesthésie. «Trou noir».

Les jours qui suivent sont difficiles. Manque d’explications et de mots rassurants de la part des soignants, aucune aide pour prendre sa douche alors qu’une série d’agrafes barrent encore son ventre. «On ne m’a jamais proposé de psy, ni demandé comment j’allais», regrette-t-elle. «Je me suis sentie très seule, j’étais complètement perdue».

«Je ressens de la colère»

Plus de deux ans après, Laure ne s’est pas vraiment remise de cet accouchement. Elle ne sait toujours pas ce qu’il s’est réellement passé ce jour-là. «Je suis allergique à un antibiotique mais je ne sais même pas si c’est ça qui fait que les produits n’ont pas marché». Y-a-t’il eu une erreur médicale ? C’est en tout cas ce qu’elle pense, même si on lui soutient le contraire à la maternité. «C’était une sensation, pas une douleur», lui a-t-on répété. Elle en a pleuré: «Je voulais simplement qu’ils reconnaissent qu’ils avaient fait une erreur».

Pour conjurer la peine, elle a publié une lettre sur son blog et dessiné ce qui lui est arrivé. «Je n’en veux pas au corps médical en général, mais je ressens de la colère car je n’ai pas été entendue».  Elle dit ne pas encore être prête pour un second enfant. «Je suis traumatisée. Demain, si on me dit que je dois repasser par une césarienne, il faudra complètement m’endormir. Sinon, ça ne sera pas la peine».

Le gynécologue-obstétricien Benoît de Sarcus, responsable de maternité à Nanterre, dit avoir vu deux cas similaires au cours de sa carrière. «Il y avait tellement urgence que l’équipe n’a pas attendu que les produits fassent effet», se souvient le médecin. Dans le cas de Laure, «il est aussi possible qu’il y ait eu un problème de dosage», avance-t-il. «L’anesthésie n’est pas une science exacte».

Pour le Dr Franck Verdonk, médecin anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Lariboisière (AP-HP), cette éventualité n’est pas envisageable. «Si on n’a pas le temps d’attendre que le produit agisse, on fait une anesthésie générale. Mais jamais nous ne réalisons de césarienne à vif», assure-t-il. Autre son de cloche au centre hospitalier de Perpignan: il peut arriver qu’«en cas d’urgence absolue, l’équipe n’aie pas le temps de réinjecter la péridurale», reconnaît le Dr Anne Wernet, médecin anesthésiste-réanimatrice.

«Si une femme dit qu’elle a mal, il faut la croire»

La réussite d’une péridurale dépend de la manière dont elle est faite mais aussi de la sensibilité de la femme au produit. Elle peut fonctionner de manière incomplète ou asymétrique. Ainsi, 10,5% des femmes ayant eu une péridurale ou une rachianesthésie interrogées dans le cadre de l’enquête nationale périnatale de 2010 l’ont jugée peu, voire pas du tout efficace.

«Cela arrive lorsque la tête du bébé compresse un nerf contre la paroi osseuse ou quand une racine nerveuse est peu sensible au produit, explique le Dr Anne Wernet, médecin anesthésiste-réanimatrice à l’hôpital de Perpignan. Le cathéter peut également sortir de l’espace péridural», ajoute-t-elle. Dans ce cas, nous le repositionnons et, si cela ne marche toujours pas, nous mettons un nouveau cathéter.»

«Dans tous les cas, si une femme dit qu’elle a mal malgré la péridurale, il faut la croire, affirme la médecin. Mais ces douleurs vécues comme très intenses ne sont pas celles d’une chirurgie ‘à vif’», poursuit-elle. «La douleur participe au mauvais vécu d’un accouchement. Mais le manque d’explications y contribue également.»

 

Douloureuse épisiotomie

«Je l’avais bien précisé dans mon projet de naissance: je ne voulais pas d’épisiotomie», commence Marine*, une jeune femme de 21 ans qui a souhaité conserver l’anonymat. «Lorsque je suis arrivée à l’hôpital, le 1er janvier dans la nuit, tout le monde était au champagne. Il n’y avait qu’une sage-femme pour cinq accouchantes», poursuit-elle.

«Vers midi, alors que j’ai des contractions depuis 12 heures, l’anesthésiste arrive enfin. La sage-femme m’avait prévenue qu’il ne fallait surtout pas lui parler», raconte la jeune femme. À ce moment-là, elle ressent une très forte contraction et lui demande d’attendre quelques secondes avant de poser le cathéter. Du tac au tac, il répond “Madame, maintenant vous vous taisez sinon vous accoucherez sans péridurale !”. Il finit par poser l’anesthésie, en pestant contre la scoliose de la jeune femme qui lui complique la tâche.

«Ils m’engueulaient parce que je ne poussais pas»

L’épisiotomie, une pratique remise en cause

Depuis les années 1980, les preuves scientifiques d’une absence de bénéfice de l’épisiotomie abondent. En effet, ce geste qui consiste à sectionner partiellement le périnée des femmes au moment de l’expulsion ne permet ni de prévenir la survenue de déchirures graves, ni d’empêcher une incontinence urinaire ou anale. Au contraire, «le taux de lésions périnéales sévères est augmenté lorsque l’extraction instrumentale (spatule, forceps) est associée à l’épisiotomie», comme le soulignait le CNGOF en 2005.

Lorsque cette pratique s’impose, elle doit toutefois être réalisée dans certaines conditions. «La douleur induite par l’épisiotomie et sa réparation est globalement sous-estimée et devrait être mieux évaluée», écrivait le CNGOF dans ses recommandations de 2005, qui recommandait déjà de «recourir systématiquement à une méthode anesthésique lors de la pratique et la réparation d’une épisiotomie».

Or, selon une récente enquête du Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane) portant sur près de 10.000 accouchements, trois femmes sur quatre ayant subi une épisiotomie en ont souffert. Enfin, un consentement n’a été recherché que chez 15% d’entre elles.

«Tout à coup, je n’ai presque plus rien senti, j’étais aux anges», raconte Marine. On m’a demandé si je ressentais quelque chose, j’ai dit que j’avais mal comme des douleurs de règles». On lui réinjecte alors une nouvelle dose de péridurale. «Je ne sentais plus du tout le bas de mon corps, je ne pouvais plus pousser», poursuit-elle. L’anesthésiste s’aperçoit que la péridurale est trop dosée et la lui retire au bout d’une demi-heure.

Deux heures plus tard, le bébé ne descend toujours pas. «Ils m’engueulaient parce que je ne poussais pas», se rappelle Marine avec rancœur. Finalement, ils décident d’aller chercher l’enfant: «J’ai vu la gynéco prendre deux très grandes cuillères à salade et je me suis dit “ce n’est pas possible que ça rentre dans moi”». À ce moment-là, les effets de la péridurale se sont en partie estompés.

«J’ai senti qu’ils coupaient. Un coup vif, tranchant. J’ai hurlé, ils me tenaient. Ils m’ont attaché les pieds. Ils me gueulaient dessus en me disant que ce n’était pas possible que j’aie mal», raconte Marine, le souffle coupé. La jeune femme vient de subir une épisiotomie de 11 centimètres. «Le père de mon fils pleurait, mais ce n’était pas de bonheur», nous confie-t-elle.

«Seul mon vagin comptait»

Après la naissance de son fils, les soignants veulent faire sortir le placenta de Marine. La péridurale ne faisant presque plus effet, on lui fait respirer un gaz. «Ils m’ont appuyé sur le ventre et ont plongé leurs bras dans mon utérus, je sentais tout, c’était atroce». Marine est ensuite recousue sans anesthésie.

«Tout au long de mon accouchement, on ne m’a rien expliqué, jamais demandé mon consentement. Ils ont fait abstraction de ma présence. Seul mon vagin comptait», explique Marine. «Quand ils ont fini par quitter la salle, une assistante sage-femme qui paraissait secouée m’a dit qu’elle n’aimait pas quand ça se passait comme ça, qu’elle n’en voyait pas l’intérêt».

Après deux mois et demi, la plaie de l’épisiotomie finit par cicatriser. «Je n’ai pas pu marcher pendant deux semaines.» «Très récemment, j’ai eu une fissure anale. La gastro-entérologue m’a dit que c’était certainement lié à l’épisiotomie et que ça pouvait se répéter. Ce n’est pas exactement ce à quoi j’aspirais à 22 ans».

*Le prénom a été modifié

À Besançon, le périnée est roi

Véritable précurseur en matière de politique restrictive de recours à l’épisiotomie, le CHRU de Besançon, qui affiche un taux inférieur à 1%, le plus bas de France. «Nous avons montré qu’une diminution des épisiotomies permet à la fois d’augmenter le taux de périnées intacts et celui de déchirures périnéales «non graves», explique le Pr Didier Riethmuller, chef du service de gynécologie obstétrique à Besançon. «Dans mon service, 9 femmes sur 10 qui accouchent par voie basse sortent de la maternité avec un périnée peu ou pas abîmé».

Cette tendance à la baisse a été initiée en 2005, lorsque le Collège national des gynécologues-obstétriciens français (CNGOF) a préconisé de limiter à 30% le taux national d’épisiotomie, au lieu des 47% constatés à l’époque. Au même moment, la Suède et la Grande Bretagne affichaient, eux, des taux respectifs de 6% et 13%, tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande depuis 1997 un taux maximal de 10%.

Un manque de transparence

«Bannir complètement l’épisiotomie créerait des périls», met toutefois en garde le Pr Bernard Hédon, chef du service de gynécologie obstétrique au CHU de Montpellier. «Si cette pratique ne doit pas être réalisée systématiquement, il existe de rares cas où elle est nécessaire». Un bébé de plus de 4 kilos, un périnée cicatriciel ou à risque, un état foetal non rassurant ou encore une difficulté mécanique liée à une présentation particulière de l’enfant en font partie.

Si l’objectif des 30% fixé par le CNGOF a depuis été atteint, il masque de grandes disparités entre les établissements. Dans son enquête publiée en novembre 2013, le Ciane rapportait ainsi que, pour 30 maternités ayant communiqué ce chiffre, celui-ci variait entre 3,4% et 30% des accouchements. Pour un bon nombre des 500 autres maternités françaises, la proportion d’épisiotomie est gardée secrète, ce que regrette le Ciane. «Nous en appelons aux autorités publiques afin qu’elles fassent respecter cette exigence minimale de transparence».

Attachée pour accoucher

Jessica, elle, raconte avoir été attachée contre son gré pour la naissance de sa fille, en octobre 2015. «J’étais allongée, les jambes légèrement repliées mais la sage-femme et l’auxiliaire puéricultrice voulaient que je mette les pieds dans les étriers. Je leur ai dit que je ne voulais pas accoucher dans cette position mais elles ne m’ont pas écouté et m’ont mis les jambes dans les étriers. Très vite, je les retire car cette posture me fait mal au niveau du bassin et du coccyx, la petite étant déjà engagée». Peine perdue. «Elles reviennent à la charge. Ma jambe droite est mise de force et avec une violence inouïe dans l’étrier au point de me déplacer le bassin. Idem pour la jambe gauche», décrit la mère au foyer de 28 ans qui vit dans le Var.

«Je continue de m’opposer, fais valoir mon droit à refuser. Je leur parle de la loi Kouchner sur le consentement libre et éclairé mais rien n’y fait. Je me sens oppressée, pas bien, je commence à suer. Voyant que je ne lui obéis pas, la sage-femme ordonne à l’auxiliaire puéricultrice de m’attacher la jambe droite avec une sangle et à mon mari de maintenir la gauche».

«Je me sens humiliée»

Au téléphone, Jessica parle vite, s’essouffle. «Je lui dis qu’elle n’a pas le droit de faire cela, que j’ai le droit de refuser la position. Ce à quoi elle répond, je cite : “arrêtez de bouger maintenant, calmez-vous, votre fille est là, si vous continuez de bouger elle va tomber”. Je suis stupéfaite et pleure de douleur. Je me sens humiliée, dépossédée de mon corps et de mon accouchement».

Deux jours plus tard, Jessica demande des explications : «Je me suis entendue dire que la sage-femme avait peur de se prendre un coup de pied…Je trouve ça inadmissible».

«Il n’y a pas de nécessité à attacher les femmes qui accouchent»

Questionnée sur ce cas, Sophie Guillaume, présidente du Collège national des sages-femmes, s’étonne : «On faisait ça il y a 15 ans pour ne pas que les jambes tombent. Mais nos pratiques ont évolué». Réaction similaire chez Marianne Benoît Truong Canh, vice-présidente du conseil national de l’Ordre des sages-femmes. «Si c’est avéré, c’est une horreur. Je ne connais qu’une situation médicale  qui aurait pu justifier cette démarche: une perte de contrôle de la mobilité des jambes suite à une péridurale trop dosée. Cela impose qu’on les attache dans les étriers pour ne pas qu’elles tombent et éviter ainsi des blessures pour la patiente. Mais ce cas est très rare de nos jours et nécessite obligatoirement une explication à la patiente».

Une règle qui ne semble pas être partagée par tous. «Il est habituel d’attacher les jambes des patientes qui ont une anesthésie pour prévenir les chutes», indique le Dr Anne Wernet, médecin anesthésiste-réanimateur à l’hôpital de Perpignan. De même, «Sous péridurale, les bras sont souvent attachés car il y a toujours un risque d’avoir recours à une anesthésie générale en cas de césarienne faite en urgence», précise la soignante. Mais cette éventualité reste rare: seules 5,8% des femmes ont eu une anesthésie générale lors de leur césarienne, selon l’enquête nationale de 2010.

De son côté, le Pr Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues obstétriciens (CNGOF) et chef du pôle de gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg, avance une autre explication: «Quand la femme pousse, il arrive que ses pieds sortent des étriers, c’est pour cela que l’on attache parfois les jambes avec un velcro. Cependant il n’y a pas de règles, ni de nécessité à attacher les femmes qui accouchent».

Pour en savoir plus: pourquoi accouche-t-on allongée ?

Accouchement déclenché par «surprise»

D’autres patientes se voient imposer des gestes médicaux sans en être averties. C’est ce qui est arrivé à Ely, 28 ans, qui s’apprêtait à mettre au monde une petite fille en février 2016, dans les Deux-Sèvres. Ce rendez-vous à la maternité devait être un simple contrôle de routine à quatre jours du terme. Au moment de l’ausculter, «la sage-femme fait une tête bizarre, grimace, lève les sourcils mais ne dit rien», raconte la jeune femme en reconversion professionnelle. «Puis d’un coup, elle me fait énormément mal, je commence à me redresser et mon pied se coince dans l’étrier, je gémis, je crie presque et elle finit par sortir sa main pleine de sang. Elle me fait un grand sourire et me lance : ‘j’ai juste fait un petit décollement pour accélérer tout ça’».

Ely est sous le choc. «Je me lève et m’habille, aucun mot ne peut sortir de ma bouche, je me sens mal». Elle ne sait pas ce qu’est un décollement de membranes et n’ose pas poser la question. «De retour à la maison, je regarde sur internet et là, je m’effondre. En fait, un décollement, c’est un déclenchement. Je pleure toutes les larmes de mon corps, à cause de la douleur mais surtout parce que mon plus grand désir était de laisser faire les choses le plus naturellement possible et ce désir-là n’a pas été respecté». Elle dit d’ailleurs que cette volonté était inscrite dans son dossier médical.

«C’est ma parole contre la sienne»

Deux jours plus tard, Ely accouche dans la voiture qui l’amène à l’hôpital. Son bébé ne survit pas. «Une autopsie a été faite, on m’a dit que c’était “la faute à pas de chance”». Ely n’est pas catégorique sur la possibilité qu’il y ait un lien entre les deux événements mais elle veut quand même des explications sur ce que lui a fait cette sage-femme. Dans les semaines qui suivent, elle écrit à la direction de l’hôpital et à l’Agence régionale de santé (ARS). Une enquête interne est diligentée. «Au final, personne n’a été mis en cause. Le décollement que j’ai subi n’est pas inscrit dans mon dossier et la sage-femme nie avoir pratiqué ce geste. En gros, on me dit que je suis une menteuse», raconte-t-elle, exaspérée. «Après j’ai bien pensé à porter plainte mais il n’y a aucune preuve. C’est ma parole contre la sienne. Ça m’a découragée».

Sans vouloir commenter ce cas précis, la présidente du Collège national des sages-femmes «condamne» ce type de geste non-consenti. «Le décollement de membrane peut être proposé et il doit faire l’objet d’une explication», rappelle Sophie Guillaume. «Un décollement est douloureux. Si vous ne prévenez pas la patiente, c’est normal qu’elle le vive comme une agression, une violation de son corps». Marianne Benoît Truong Canh, vice-présidente de l’Ordre des sages-femmes, abonde: «Une sage-femme qui examine ou effectue un geste médical sans demander l’autorisation à la patiente, en dehors d’un contexte d’urgence vitale, commet une faute professionnelle».

Un accouchement sur cinq déclenché

Selon la dernière enquête périnatale (2010), plus d’un accouchement sur cinq est déclenché (22,7%). Le vécu des femmes, tant sur le plan physique que sur le plan psychologique, s’en trouve détérioré: de 30 à 31% des femmes disent avoir eu très mal ou avoir mal vécu leur accouchement dans le cas d’un déclenchement, contre 18 à 19% pour celles ayant vécu un accouchement spontané, selon une enquête du Ciane menée auprès de plus de 18.000 femmes.

Dans ses recommandations de 2008, la Haute autorité de santé (HAS) rappelle les raisons qui peuvent conduire à un déclenchement. Il peut s’agir d’une nécessité médicale (dépassement du terme, rupture prématurée des membranes,…), ou d’un «déclenchement de convenance». Ce dernier ne peut cependant se faire qu’après accord de la patiente et si celle-ci a été informée des modalités et des risques potentiels.

Très récemment, une vaste étude australienne réalisée à partir des données de 400.000 accouchements a révélé que le déclenchement augmente le risque de césarienne de près de 90% et double la part de rétentions placentaires (tout ou partie du placenta reste dans l’utérus après un certain délai) ainsi que les admissions de nouveaux-nés en soins intensifs.

«Choquante» expression abdominale

Une expression abdominale est une pression sur le fond de l’utérus, avec l’intention spécifique de raccourcir la durée de la 2e phase de l’accouchement. Crédits : Service infographie du Figaro.

Il existe aussi des pratiques qui perdurent alors même que les autorités sanitaires recommandent leur abandon. En Haute-Garonne, Leslie en a fait l’expérience lors de la naissance de son fils, «un beau bébé qui faisait déjà 2,4 kg au septième mois». «C’était dans une clinique, en novembre 2015», raconte la jeune femme de 29 ans. «J’étais en train de pousser, le gynécologue utilisait des spatules pour “aider” mon fils à s’engager et là, deux sages-femmes se sont mises à appuyer très fort sur mon ventre, sans m’avertir ni même me demander si j’étais d’accord. Elles avaient une technique bien particulière : elles passaient leur bras par-dessus mon ventre, s’accrochaient au drap de l’autre côté et se penchaient en arrière de tout leur poids pour faire pression sur mon ventre».

Sur le moment, Leslie, qui a raconté son histoire sur le blog «La Mariée en colère», ne comprend pas ce qui lui arrive. Jamais on ne lui avait parlé de cette méthode pendant la préparation à l’accouchement. «Ça m’a fait hurler de douleur car la péridurale ne faisait plus effet. C’était comme si quelqu’un m’attrapait le bassin et essayait de me le retourner». À ce moment-là, «le gynécologue s’arrête, me regarde et me lance : « Ça ne sert à rien de crier madame! »»

«Mon mari a été très choqué. Surtout lorsqu’il a vu que le médecin prenait appui sur la table d’accouchement avec son pied pour pouvoir tirer plus fort avec les spatules». Finalement, décision est prise de faire une césarienne en urgence. «Un autre moment difficile puisque l’anesthésie n’a pas fonctionné», soupire cette psychologue du travail, actuellement mère au foyer.

Aujourd’hui, Leslie a mis des mots sur ce qui lui est arrivé. «Quelques jours après mon accouchement, j’ai fait des recherches sur Internet et j’ai compris que j’avais eu droit à une expression abdominale». Une pratique qui consiste à exercer une pression sur le fond de l’utérus afin d’accélérer la naissance.

«Mon fils est né avec une marque ovale sur le front et elle est toujours là après 15 mois. Je me demande si ce n’est pas lié», s’interroge Leslie, tout en reconnaissant qu’elle n’en a pas la preuve. «En ce qui me concerne, je ne crois pas avoir eu de séquelle physique mais psychologiquement, ça a été très dur. On passe 9 mois à faire attention à son ventre et d’un coup, deux personnes se mettent à appuyer dessus de toutes leurs forces. Entre ça et la césarienne à vif, j’ai l’impression qu’on a livré une véritable guerre à mon corps».

Sur son dossier médical, il n’y a aucune mention de l’expression abdominale. «Pas étonnant», commente Marianne Benoit Truong Canh, la vice-présidente du Conseil national de l’Ordre des sages-femmes. «Cette pratique est interdite par la HAS et ne figure plus dans aucun protocole, donc on ne va pas l’écrire sur le dossier», s’exclame-t-elle. Mais comment expliquer que cette pratique perdure ? «Parce que certains peuvent avoir  l’impression que cela va aider à faire sortir le bébé, que cela va éviter d’utiliser des forceps ou de pratiquer une épisiotomie. Sauf que cela n’a jamais été validé scientifiquement, contrairement aux risques de l’expression abdominale qui eux sont connus», répond la sage-femme.

L’expression abdominale : une pratique déconseillée

En 2007, la Haute autorité de santé avait recommandé son «abandon», estimant qu’elle était traumatisante pour les patientes et qu’elle entraînait des «complications rares mais graves». Elle cite notamment «des douleurs abdominales persistantes après l’accouchement», des «ecchymoses», des «fractures de côtes» ou encore «des lésions périnéales».

De plus, «il n’y a pas d’indications médicalement validées pour réaliser une expression abdominale», ajoute-t-elle. La HAS précise que si elle est pratiquée, «elle doit être notée dans le dossier médical de la patiente (…), en précisant le contexte, les modalités de réalisation et les difficultés éventuellement rencontrées».

Malgré ces recommandations, des soignants continuent de la pratiquer pour raccourcir la durée de la 2e phase de l’accouchement, soit la période allant de la dilatation complète du col à la naissance de l’enfant par les voies naturelles.

En 2014, le Ciane révélait, sur la base d’une enquête réalisée auprès de 16.998 femmes, que 33% des primipares (premier accouchement) et 14% des multipares (plusieurs accouchements) interrogées avaient subi une expression abdominale, et que le consentement n’avait été demandé que dans 18% des cas.

Certaines évoquent aussi des violences psychologiques, des petites phrases lâchées en plein milieu de l’accouchement par le personnel soignant.

Laeticia Négrié et Béatrice Cascales, auteures de l’ouvrage L’accouchement est politique, parlent également de «chantage affectif» et de «recours à la peur» durant les accouchements. Ces deux conseillères conjugales et familiales énumèrent ces remarques souvent culpabilisantes : «‘C’est pour le bien-être de votre bébé’, ‘Si votre bébé a un souci, vous en assumerez les conséquences’».

«Personne ne me répondait»

Le manque d’information et d’explication revient souvent dans les témoignages. «De nature pudique, j’avais demandé à accoucher sur le côté. Mais le moment venu, la sage-femme m’annonce que ce n’est pas possible, sans me dire pourquoi», se remémore Alison, 33 ans.

D’autres disent avoir été confrontées au silence. «C’était mon quatrième accouchement et je me rendais bien compte que quelque chose n’allait pas. Je n’ai cessé de le dire, mais personne ne me répondait», raconte pour sa part Clarisse, 35 ans, infirmière en Martinique. Marine, elle, se souvient de ce moment où de plus en plus de gens entraient dans la salle d’accouchement: «On me faisait des touchers vaginaux, mais personne ne me regardait ou ne répondait à mes questions.»

Cauchemars et corps abîmés

Les femmes qui ont accepté de nous raconter leur accouchement nous ont également fait part des séquelles physiques qui ont suivi. «J’ai boité pendant deux mois, j’avais de grosses douleurs au niveau du bassin et du pubis», raconte Alison, qui a accouché par forceps et a eu une épisiotomie. La jeune femme de 33 ans originaire des Hauts-de-Seine a également développé un rectocèle, une anomalie anatomique caractérisée par la formation d’une hernie du rectum qui «tombe» dans le vagin. Elle survient le plus souvent chez les femmes qui approchent l’âge de la ménopause et qui ont accouché plusieurs fois par voie basse.

Après son accouchement avec épisiotomie, Nina, elle, a connu 6 mois d’incontinence, l’empêchant notamment de reprendre son travail. Une vingtaine de séances de rééducation périnéale lui ont permis d’aller mieux. «Je n’ai eu aucun suivi à l’hôpital, aucun conseil pour prendre soin de ma plaie», s’exclame la jeune maman. «Je m’en suis sortie toute seule». Beaucoup rapportent également souffrir de dyspareunies, c’est-à-dire de douleurs lors des rapports sexuels. Certaines ont d’ailleurs dû mettre leur vie sexuelle entre parenthèses.

Traumatismes

Ces «violences» ont-elles aussi des répercussions psychologiques ? À ce stade, aucune étude ne permet de l’affirmer. «Néanmoins, on sait qu’un tiers des femmes qui ont accouché l’ont vécu comme un moment de grand stress, voire un traumatisme et qu’entre 2 et 6% ont développé par la suite un état de stress-post-traumatique», commente Astrid George, psychologue et auteure d’une thèse sur le sujet.

Plusieurs facteurs peuvent être à l’origine de ce traumatisme. L’histoire personnelle de la patiente d’abord : «par exemple, un accouchement peut potentiellement réveiller un traumatisme ancien chez une femme qui a subi des abus sexuels», avance la psychologue. «Mais il y a aussi le déroulement de l’accouchement en tant que tel. Et les violences perçues par les femmes en font partie».

Astrid George connaît bien le sujet : un tiers de ses patientes viennent la consulter à la suite d’un accouchement traumatique. «Elles évoquent souvent des paroles blessantes, un manque d’information et du mépris de la part de certains professionnels de santé», détaille-t-elle. Dans son cabinet à Metz, la spécialiste observe les conséquences de ces violences ressenties : «cauchemar, dépression, troubles du sommeil, irritabilité, complication du lien mère-enfant, difficulté à voir des femmes enceintes, anxiété, burn-out». La liste est longue.

«Je n’irai plus jamais voir un gynécologue»

Jessica, qui raconte avoir été «attachée» pendant son accouchement, dit «ne plus supporter qu’on lui touche les jambes». Marine, elle, refuse de consulter de nouveau un gynécologue: «Je n’ai pas fait examiner ma cicatrice d’épisiotomie depuis que j’ai accouché il y a un an. Je n’ai même pas fait de rééducation périnéale mais je n’irai plus jamais voir de gynécologue», nous assure-t-elle. «J’ai vécu mon accouchement comme une mutilation. Les mois qui ont suivi ont été horribles. Mais je viens de commencer un traitement contre la dépression, ça commence à aller mieux».

Pour la psychologue, il est important que les soignants se présentent systématiquement, expliquent chacun de leurs gestes et accompagnent la patiente. Même en cas d’urgence. «Si le bébé ou la mère est en danger mais qu’on lui parle, le vécu sera bien meilleur», assure-t-elle. C’est d’ailleurs ce qu’elle enseigne à ses élèves en école de sages-femmes depuis 2009. Professeur et étudiants échangent leur expérience en classe. «Eux aussi me font part de ces violences qu’ils ont vues au cours de leur stage. Vous savez, un professionnel de santé qui hurle sur une femme en train d’accoucher, ça marque».

Très peu de femmes portent plainte

Alison et Nina racontent avoir été envahies par un sentiment de stupeur et d’incompréhension après leur accouchement. Dans ce cas, «la première chose à faire est de demander son dossier médical», explique Chantal Ducroux-Schouwey, présidente du Collectif interassociatif autour de la naissance (CIANE). «Envoyer un courrier au chef d’établissement ou au médecin médiateur peut aussi être un moyen d’obtenir des réponses sans aller en procédure judiciaire», poursuit-elle.

Si ce recours ne suffit pas, il est possible de solliciter la commission des usagers de l’hôpital, qui réunit des médecins, des responsables administratifs ainsi que la patiente concernée. À cette occasion, l’hôpital devra rendre compte à la plaignante des changements qui seront mis en place pour éviter que cette situation ne se reproduise.

Peu de poursuites judiciaires

Sur le plan judiciaire, rares sont les femmes qui portent plainte et à ce jour, aucune procédure engagée n’a abouti. À notre connaissance, toutes les affaires ont été classées sans suite par les procureurs. Parmi les femmes que nous avons interrogées, seule Jessica a déposé plainte, sans succès. Les autres n’ont pas osé, n’avaient pas envie ou ne savaient pas comment faire.

«Quand la violence cesse, c’est très difficile de la dénoncer», remarque le Dr Winckler. «La plupart sont fragilisées et préfèrent s’occuper d’abord de leurs enfants». Autre difficulté: «Il faut prouver qu’il y a eu violence. Et pour ça, il faut des éléments de preuve, des témoignages, etc. Or, c’est là que ça se complique. Une sage-femme hésitera à deux fois avant de témoigner contre son supérieur, de peur de perdre son travail», ajoute le médecin.

À Paris, Me Tessiah Gadou fait partie des rares avocats qui acceptent de défendre ces patientes meurtries. Plutôt habituée aux affaires familiales, cette avocate a commencé à s’intéresser à cette problématique il y a un an : «Pour le moment, j’ai trois clientes qui souhaiteraient que je les assiste», nous explique-t-elle.

Aucune jurisprudence

Photo d’illustration prise au palais de justice de Rennes. Damien Meyer/AFP

Selon l’avocate, il est envisageable d’engager des poursuites au civil et au pénal. «Par exemple, ma cliente se plaint d’avoir subi des touchers vaginaux sans qu’on lui ait demandé son consentement. Je pense qu’on peut attaquer au civil l’établissement de santé pour violation de la loi Kouchner de 2002», soutient-elle. Pour rappel, c’est au médecin d’apporter la preuve qu’il a recueilli le consentement d’un patient. Au pénal, «ces mêmes touchers vaginaux sans consentement pourraient recouvrir la qualification du viol», pense-t-elle.

Mais la tâche s’annonce difficile. Aucune jurisprudence n’existe à ce jour sur cette question des «violences obstétricales». «C’est tout nouveau, on ne sait pas encore exactement comment faire face à ce type de dossier», reconnaît Me Gadou, qui compte s’entourer d’autres professionnels du droit pour faire avancer ces dossiers. Avec la juriste Marie-Hélène Lahaye, elle vient de lancer un réseau de travail, baptisé «Mes droits quand j’accouche». «On est une petite dizaine pour le moment. L’idée est de s’entraider et d’échanger des conseils. Nous allons aussi mettre en ligne un site d’informations à disposition des patientes».

La juriste Marie-Hélène Lahaye rappelle toutefois que «le but n’est pas de condamner des hôpitaux et des médecins en particulier mais de faire changer les pratiques».

Une sage-femme condamnée pour des «propos grossiers»

En dehors du plan judiciaire, certaines patientes ont porté plainte auprès de la chambre disciplinaire de l’Ordre des sages-femmes. En mars 2016, une sage-femme libérale a été condamnée en appel pour des propos injurieux à l’égard de deux patientes. En guise de sanction, la soignante a reçu un avertissement. À ce jour, aucune autre condamnation pour des faits s’apparentant à de la «violence obstétricale» n’aurait été prononcée, selon l’Ordre des sages femmes.

Du côté des médecins, quelques plaintes ont été déposées pour épisiotomie abusive, manque de compassion, propos déplacés ou pour absence de prise en charge des douleurs éprouvées. Mais toutes ont été rejetées.

Des «violences» qui font débat dans le milieu médical

Dans le milieu médical, le terme de «violences obstétricales» est loin de faire l’unanimité. Les réactions qu’il suscite sont très diverses: certains affirment que ces violences n’existent pas ou qu’à la rigueur elles sont anecdotiques, quand d’autres les reconnaissent et tentent de les expliquer.

Des sages-femmes réunies dans une salle de repos du CHU de Bordeaux. Jean-Pierre Muller/AFP

«J’entends ces femmes qui ont mal vécu leur accouchement et je comprends celles qui ont pu se sentir agressées», réagit Sophie Guillaume, présidente du Collège national des sages-femmes de France. «Mais ce mot me semble très fort, il agresse les professionnels de santé. Je pense qu’on devrait plutôt parler d’un manque de bienveillance».

Ordre et Collège des sages-femmes : quelle différence ?

Alors que l’Ordre veille au respect de la déontologie dans la profession, le Collège se concentre sur la recherche, l’évaluation des pratiques et la formation.

Pour cette sage-femme hospitalière, l’essentiel du problème résiderait dans le manque d’information des patientes. «Nous avons beaucoup progressé à ce niveau-là mais nous avons encore un travail de communication à faire», pense-t-elle. «Parfois, il y a des gestes qui n’ont pas été expliqués ou alors, ils ont été énoncés mais n’ont pas été compris».

De son côté, la vice-présidente du conseil national de l’Ordre des sages-femmes pense que le terme de «violences obstétricales» est un peu «flou». Mais ne le réfute pas pour autant et estime même qu’il est «positif» que la parole des femmes se libère à ce sujet.

Les conditions de travail en cause

À Nanterre, le Dr Benoît de Sarcus, gynécologue-obstétricien, n’utilise pas le mot «violences obstétricales» mais reconnaît volontiers qu’il a pu, en 25 ans de carrière, être lui-même «maltraitant» :

«Parce que j’étais fatigué ou n’étais pas d’accord avec des patientes… Je courais toute la journée et je finissais par ne plus être humain. Il m’arrivait de ne plus parler avec les patientes, ni même de les regarder».

Le responsable de la maternité de l’hôpital de Nanterre pointe du doigt les conditions de travail :

«C’est un métier difficile. Quand il y a des surcharges de travail, vous ne pouvez pas beaucoup causer. D’autant qu’en obstétrique, vous ne pouvez pas tout prévoir et vous n’avez pas toujours le temps d’expliquer. Vous êtes devant une patiente mais vous pensez déjà à la suivante. J’en suis conscient, la suractivité favorise les violences».

Une question d’organisation

Certains s’interrogent sur l’organisation même des structures médicales et sur le manque d’effectif qui ne permettent pas toujours des accouchements physiologiques. C’est ce que fait le Dr de Sarcus :

«La demande d’un accouchement sur-mesure est récente et nos maternités ne sont pas adaptées à l’accouchement où on prendrait du temps. L’idéal serait que chaque patiente ait une sage-femme à elle toute seule. Sauf que ça n’existe pas en France, ni dans aucun pays du monde. Pourquoi ? Parce que c’est compliqué qu’une seule personne s’occupe d’une patiente pendant 12 heures, 15 heures, 17 heures. On serait forcément confronté à un problème d’organisation, d’effectifs et de finance».

Un point de vue partagé par la sage-femme Sophie Guillaume :

«Certes, il y a des professionnels qui doivent changer de comportement, mais il y aussi des organisations qui ne permettent pas des naissances naturelles. Quand vous avez deux sages-femmes pour six salles d’accouchement, il est plus simple de gérer des patientes sous péridurale. Car une femme qui veut accoucher sans, il faut être présente, la rassurer et l’accompagner. Ce qui prend plus de temps».

Philippe Huguen/AFP

La peur des poursuites judiciaires

Au-delà des conditions de travail et de l’organisation, plusieurs professionnels parlent de «pressions médico-légales», à l’image du Dr Teddy Linet, chef de la maternité du Centre Hospitalier Loire Vendée Océan:

«Il y a une grosse angoisse médico-légale dans notre profession. Lorsque les médecins et les sages-femmes rédigent les protocoles, ils sont dans une démarche de moindre risque, parfois quitte à ne pas être en accord avec la science ou avec les recommandations des autorités sanitaires.»

Marianne Benoit Truang Canh, de l’Ordre des sages-femmes, abonde dans ce sens :

«C’est tellement facile, après coup, de savoir exactement ce qu’il fallait faire. Imaginez, vous êtes face à un périnéetrès distendu et vous craignez une grave déchirure pour la patiente. Alors vous êtes tenté de pratiquer une épisiotomie. Ce n’était peut-être pas nécessaire mais vous êtes seul avec votre peur et vous le faites. Vous savez, en France, on ne vous reprochera jamais d’avoir fait un geste. Par contre, la jurisprudence montre que le non-geste, lui, est accusatoire.»

Une position également partagée par le Pr Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues obstétriciens (CNGOF) :

«Une sage-femme ou un obstétricien peuvent craindre pour l’oxygénation de l’enfant pendant l’accouchement et donc hâter sa naissance. La responsabilité qui repose alors sur eux est de faire en sorte qu’il n’y ait aucune séquelle cérébrale liée à ce moment difficile. Et ceci passe bien au-dessus, en termes de gravité, du fait de faire une épisiotomie.»

«Nous en avons assez du Gynéco-bashing»

Mais lorsqu’on l’interroge sur la réalité de ces «violences obstétricales», le Pr Nisand semble agacé et répond qu’il s’agit d’une «erreur d’appellation»:

«Je suis surpris qu’une femme qui vient de vivre un acte ou une parole inappropriée, ne change pas sur l’instant de médecin ou de sage-femme. Les femmes ont toujours le loisir d’aller consulter ailleurs.»

Pr Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues obstétriciens (CNGOF), en 2010. Frederick FLorin/AFP

Difficile cependant d’imaginer une femme, pieds dans les étriers,  s’échapper pour aller accoucher dans un autre établissement. Le chef de service avance ensuite une hypothèse surprenante pour expliquer les «violences obstétricales»:

«Au moment de l’accouchement, tout le sang est drainé vers l’utérus, au détriment du cerveau. La manière dont on vit et décrit a posteriori son accouchement peut ne pas correspondre complètement à la réalité.»

Le Pr Bernard Hédon, ancien président du Collège national des gynécologues-obstétriciens, dit en avoir assez du «gynéco-bashing»:

«Il peut y avoir des choses violentes, mais un accouchement est violent, tant pour la femme que pour les soignants. Face à une urgence, il y a des réponses qui peuvent sembler brutales sorties de leur contexte mais qui sont en fait nécessaires».

Puis, le Chef du service de gynécologie et obstétrique du CHU de Montpellier nuance:

«Il existe sûrement des violences complètement inacceptables, mais il faut toujours remettre les choses dans leur contexte avant de porter un jugement définitif».

Le Pr Nisand reconnaît pour sa part qu’un accouchement puisse être «mal vécu». Il souligne que des solutions existent déjà pour y remédier:

«Au CHU de Strasbourg, nous avons des groupes de paroles au sein desquels nous revenons avec les femmes sur leur vécu d’accouchement. Souvent, elles ne comprennent pas ce qu’il s’est passé dans l’urgence. Elles ont vu des gens s’agiter autour d’elles qui, sur le moment, ne leur ont pas expliqué la situation pour ne pas ajouter de l’angoisse à l’urgence. Un accouchement peut susciter beaucoup d’incompréhension.»

Une sage-femme et un sage-homme dans un hôpital. Jeff Pachoud/AFP

Vers une prise de conscience ?

Du côté des patientes, on s’active. «Il y a un réveil des femmes», nous confie Chantal Ducroux-Schouwey, la présidente du Ciane. «Avec internet, elles peuvent désormais avoir accès aux informations et comprendre a posteriori le déroulé de leur accouchement».

Plusieurs d’entre elles viennent d’ailleurs de créer l’Institut de recherche et d’actions pour la santé des femmes (IRASF). Cette association regroupera un Observatoire des violences obstétricales, constitué d’une équipe de chercheurs et de spécialistes, ainsi qu’un collectif de défense des victimes, composé essentiellement de femmes. «Cette forme de violence n’est pas ou très peu étudiée», constate Basma Boubakri, coprésidente de l’association. «Nos objectifs sont donc de produire des rapports et des études, mais également de donner aux femmes des informations fiables».

Pour cette jeune association, dont le lancement officiel est prévu le 20 mai 2017, l’objectif est clair:

«Nous espérons impliquer tous les acteurs, y compris les femmes, dans cet effort pour améliorer la qualité des soins et éliminer le manque de respect et les mauvais traitements. Nous souhaitons également que les pouvoirs publics et les institutions se saisissent de ce problème de santé publique et reconnaissent les violences obstétricales et gynécologiques».

«On est sur la bonne voie»

Si les patientes ont le sentiment qu’il reste beaucoup à faire, un certain nombre de soignants et d’observateurs sont moins pessimistes et estiment que les lignes sont en train de bouger. «On est sur la bonne voie», pense Sophie Guillaume du Collège national des sages-femmes. «Depuis quelques années, notre formation initiale a évolué et nous avons intégré des modules de sciences sociales et humaines, dans lesquelles les sages-femmes apprennent des techniques de communication». C’est-à-dire, à «demander l’autorisation de faire un geste, à évaluer le besoin des femmes, à respecter la patiente». Signe que les temps changent, un diplôme inter-universitaire sur la prise en charge des violences faites aux femmes sera proposé dès la rentrée prochaine aux étudiants des facultés de médecine de Paris Descartes, de Montpellier et de Grenoble. Il comprendra notamment une réflexion éthique sur le consentement aux soins et les violences du soin.

Une réflexion sur l’accouchement normal

«J’ai l’impression que la profession est dans une phase de redéfinition», avance pour sa part Nastassia Audibert, auteure du mémoire Violence obstétricale : Émergence d’un problème public en France. La jeune femme fait notamment référence à une tribune signée par Bernard Hédon, ancien président du CNGOF, sur Le Figaro.fr en février 2016. Le gynécologue-obstétricien ouvrait une réflexion sur la prise en charge de l’accouchement normal, c’est-à-dire non pathologique.

Un changement confirmé par le Pr Hédon, qui indique que les autorités sanitaires travaillent actuellement à l’élaboration de recommandations sur les conditions de l’accouchement normal. Celles-ci devraient voir le jour à la fin de l’année 2017:

«La plupart des études scientifiques en obstétrique concernent les accouchements compliqués, et non l’accouchement normal. Sous l’égide de la Haute autorité de santé, nous sommes actuellement en train de rédiger des recommandations. Elles viseront à assurer la sécurité des femmes et de l’enfant dans la plus grande humanisation possible.»

Pour aller plus loin

Les brutes en blanc de Martin Winckler, aux éditions Flammarion, 2016.

Le chœur des femmes de Martin Winckler, aux éditions Gallimard, 2009.

L’accouchement est politique. Fécondité, femmes en travail et institutions de Laëticia Négrié et Béatrice Cascales – Collection Sciences Humaines – Editions l’Instant Présent, 2016

Enquête nationale périnatale 2010. Les naissances en 2010 et leur évolution depuis 2003. Rapport rédigé par Béatrice Blondel et Morgane Kermarrec. Inserm et ministère de la Santé.

«Violence obstétricale». Émergence d’un problème public en France de Nastassia Audibert, mémoire soutenu en mai 2016

Accoucher dans la violence (Episode 1, épisode 2) – un documentaire de Charlotte Bienaimé diffusé le 18 janvier 2017 par France Culture

Césariennes à vif, épisiotomies imposées… Le grand tabou des violences durant l’accouchement – un article de France Info

Marie accouche là, le blog de Marie-Hélène Lahaye, qui milite contre les violences obstétricales.

Le site du Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane)

 

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